Les délinquants de moins de 13 ans
resteront irresponsables pénalement mais subiront un "régime civil
spécial" avec notamment une "retenue" pendant les interrogatoires,
prévoit le futur Code pénal des mineurs, esquissé lundi par Rachida
Dati.
La garde des Sceaux, qui quittera son ministère au moment
des élections européennes de juin, a profité de l'inauguration d'un
nouveau centre éducatif fermé à Sainte-Ménehould (Marne) pour brosser à
grands traits les contours du futur Code pénal des mineurs.
Ce
projet reprend "la plupart" des 70 propositions du rapport remis en
décembre 2008 par une commission présidée par l'universitaire André
Varinard, a expliqué la garde des Sceaux.
A une exception notable
près: l'idée d'abaisser de 13 à 12 ans l'âge de la responsabilité
pénale, et donc de l'incarcération, a été abandonnée en raison du tollé
suscité. Mme Dati, qui l'avait jugée à l'époque "de bons sens", a même
été désavouée par le Premier ministre François Fillon.
"A l'issue
des consultations menées depuis ce rapport, le gouvernement a choisi de
fixer cet âge à 13 ans", a fait valoir lundi la ministre. L'actuel Code
pénal (article 122-8) posait déjà le principe de l'irresponsabilité
pénale du mineur de moins de 13 ans.
Echappant à toute sanction pénale, le délinquant de moins de 13 ans se verra néanmoins appliqué "un régime civil spécial".
La
"prise en charge" ne pourra être qu'"éducative" avec un panel de
sanctions qui sera simplifié, passant de 18 à quatre:
l'avertissement
judiciaire, la remise aux parents, le suivi éducatif en milieu ouvert
et le placement dans une structure spécialisée.
Avant 13 ans, un
jeune soupçonné d'avoir commis une infraction pourra être entendu par
les enquêteurs et "placé en retenue le temps de son audition", a
annoncé Rachida Dati.
D'une manière générale, le futur Code, pour
lequel aucun calendrier de mise en place n'a été donné, ne remettra pas
en cause les principes "fondateurs" de l'ordonnance de 1945 sur la
délinquance juvénile, déjà modifiée à 31 reprises.
Ainsi "la finalité éducative de toute réponse pénale" demeure "un objectif essentiel", a affirmé Mme Dati.
Interrogé
par l'AFP, Roland Ceccoti, du principal syndicat d'éducateurs
judiciaires (SNPES-PJJ), a rappelé qu'il s'agissait d'un "principe
constitutionnel auquel heureusement on ne peut pas toucher". Ne
trouvant "rien de précis" dans les annonces de la ministre, il a dit
craindre néanmoins que le nouveau Code "mette davantage l'accent sur la
sanction".
Aux détracteurs qualifiés "d'idéologues qui ne vont
jamais sur le terrain", Mme Dati a opposé des "réponses pragmatiques" à
la fois "plus rapides" et plus sévères "à chaque passage à l'acte" afin
de "lutter contre le sentiment d'impunité".
"Actuellement, plus
du tiers de mineurs délinquants sont jugés une fois qu'ils sont devenus
majeurs", a déploré la ministre qui souhaite que les parquets puissent
saisir directement le tribunal sans passer obligatoirement comme
aujourd'hui par un juge des enfants.
Cela fera "gagner un temps
précieux", a-t-elle estimé, au risque de grandement mécontenter les
juges des enfants, déjà pour la plupart très sceptiques contre une
réforme jugée "régressive".
Une pétition sur le net
(www.quelfuturpourlesjeunesdelinquants.fr), lancée par des juges des
enfants pour dénoncer "le +tout pénal+ comme seule réponse" à la
délinquance juvénile, avait recueilli lundi plus de 12.000 signatures.