Le sida tue tellement d'hommes et de femmes politiques en Afrique
australe que la gouvernance risque désormais d'en subir les
conséquences, a estimé mardi un chercheur sud-africain.
"Si vous regardez les statistiques, les élus meurent relativement
jeunes et ils sont nombreux à mourir. Ce sont des tendances semblables
à celles du reste de la population", a déclaré a l'AFP Kondwani
Chirambo, auteur principal d'une étude sur les décès des conseillers
locaux en Afrique du Sud.
Il a
également analysé les données de six autres pays où un nombre
anormalement élevé de décès parmi les élus peut être attribué au sida.
Ces huit dernières années, près de la moitié des conseillers locaux
élus sont morts avant d'avoir 50 ans en Afrique du Sud.
Selon le chercheur, cela "n'est pas de bon augure" pour le pays, où les
carences de l'administration sont déjà un motif majeur d'insatisfaction
pour l'opinion.
Dans l'ensemble de
l'Afrique australe, les chercheurs n'ont identifié qu'une seule élue
ayant révélé sa séropositivité. Le fait que les responsables ne
demandent pas d'aide face à la maladie peut être attribué à la crainte
d'être stigmatisé, a estimé Kondwani Chirambo.
"Un grand nombre d'entre eux juge que révéler sa maladie correspondrait
à un suicide politique", a-t-il dit. "Ce n'est pas une position très
salutaire".
L'Afriquedu Sud est
le pays comptant le plus grand nombre de séropositifs au monde, avec
5,4 des 48 millions d'habitants porteurs du virus.
Selon le chercheur, 2,6 millions de personnes inscrites sur les listes
électorales sont décédées depuis 1999, dont une majorité de jeunes.
Au Sénégal, où la prévalence du sida est beaucoup plus faible, seuls
trois cas de vacance parlementaire liés au décès de l'élu ont été
enregistrés. En Zambie, la mort est au contraire la principale cause de
vacance parlementaire.