
Vers
la mi-octobre, Nicolas Sarkozy et François Fillon devront trancher sur
les priorités de vaccination contre la grippe A, sur proposition de
Roselyne Bachelot, la ministre de la Santé © JOBARD/SIPA
"Ce sera une décision très lourde à prendre." Que décideront les
autorités confrontées à l'offensive du virus de la grippe A ? Va-t-on
vacciner les personnes vulnérables, dont le nombre est évalué à 6
millions ? Va-t-on prendre en charge toute la population ? "Tout reste
ouvert, mais on se prépare au pire, confie un responsable. Si, à la
réception des vaccins, la grippe A est très violente, on vaccinera en
grande quantité ; à défaut, on attendra les essais cliniques et on
vaccinera progressivement." C'est vraisemblablement vers la mi-octobre
que Nicolas Sarkozy et François Fillon devront trancher, sur
proposition de Roselyne Bachelot, la ministre de la Santé.
An-ti-ci-per. Sans attendre, la France a reconstitué
son stock de Tamiflu et diversifié son approvisionnement en vaccins,
commandant 94 millions de doses auprès de GlaxoSmithKline (50
millions), Sanofi-Pasteur (28 millions) et Novartis (16 millions). Avec
cette inconnue : ces industriels décrocheront-ils l'indispensable
autorisation de mise sur le marché (AMM) ? La question peut sembler
incongrue, mais il est possible que le vaccin d'un industriel soit
retoqué en cas de non-respect du cahier des charges, ou d'études
cliniques non concluantes.
Quatre laboratoires sollicités
Aussi, discrètement, au coeur de l'été, Roselyne Bachelot a-t-elle fait
appel à un quatrième industriel pour obtenir des vaccins en urgence.
Selon les informations du
Point , qui n'ont pu être confirmées officiellement,
plusieurs milliers de doses ont été commandées au laboratoire Baxter.
Les autorités françaises espèrent ainsi profiter de la technique de
production innovante de l'Américain qui devrait permettre de fournir
les premières doses dans les meilleurs délais. On parle de la
mi-septembre. Là aussi, reste à savoir si elles recevront l'AMM à cette
date. Mais une chose est sûre : les 94 millions de doses commandées par
la France arriveront progressivement, à raison de 2 millions d'unités
par semaine.
Pour le gouvernement, il fallait donc établir une
liste des "populations vulnérables" : les femmes enceintes, tout
d'abord. Si elles n'ont pas plus de risques que d'autres d'attraper le
virus, elles peuvent en revanche développer des formes graves. Problème
: on ne sait pas aujourd'hui si elles pourront être vaccinées. Par
ailleurs, les virus grippaux attaquant les poumons, toute personne
ayant des fragilités pulmonaires devient de facto vulnérable. Sont
concernées les populations souffrant de problèmes respiratoires
(asthme...), d'affections cardiaques, de déficits immunitaires ou
d'obésité. Enfin, une attention toute particulière est portée aux
jeunes en milieu scolaire : aux yeux des experts, les vacciner, c'est
éviter une explosion du pic épidémique. Des équipes mobiles de médecins
pourraient, le cas échéant, assurer la vaccination des enfants dès
l'âge de 6 mois.
Premiers vaccinés "autour du 20 septembre"
Si l'on décide de lancer une campagne de vaccination dans le pays, à
qui seront destinées les premières doses ? Aux yeux du gouvernement,
les "plus prioritaires" sont les infirmières et médecins en
néonatalogie ainsi que leurs collègues de réanimation pédiatrique. Ils
seront donc les premiers en France à être vaccinés contre la grippe A.
Le vaccin sera proposé en deux doses espacées de trois semaines.
"L'opération se déroulera autour du 20 septembre", explique un proche
du dossier. Au moment même où débutera la campagne de vaccination
contre la grippe saisonnière, exceptionnellement avancée d'une semaine.
Si le gouvernement a arbitré en faveur du personnel de néonatalogie,
c'est tout simplement parce que les bébés de moins de 6 mois ne peuvent
pas recevoir sans risque le vaccin contre le H1N1.
Concernant les 10 millions de personnes âgées (plus de
65 ans), Roselyne Bachelot a récemment proposé à François Fillon de
leur octroyer une dose unique, contre deux pour tous les autres. À ce
jour, le Premier ministre n'a pas donné sa réponse. Les experts
affirment que nos seniors sont aujourd'hui épargnés par la grippe A,
grâce à une mystérieuse "mémoire immunitaire".
Gymnases réquisitionnés
Pour
préparer le plan de vaccination sur le territoire, les préfets ont été
discrètement mis à contribution. À charge pour eux de sélectionner au
minimum trois sites par département (gymnases, salles polyvalentes...).
Chacun des centres de vaccination - les établissements de santé étant
exclus du dispositif - ne pourra pas couvrir plus de 100 000 habitants.
Remise de la copie le 10 septembre. Le gouvernement s'est fixé un
objectif : que tout soit prêt le 28 septembre. Le dispositif devrait
s'étendre sur quatre mois.