
Daté
de mardi, un arrêté municipal de la ville de Coulaines, dans la Sarthe,
interdit désormais de cracher dans la rue pour lutter contre la
propagation de la grippe A © Abaca
Interdire le crachat sur la voie publique. Telle est l'idée de
Christophe Rouillon, maire socialiste de Coulaines, une petite ville de
la Sarthe de 7.700 habitants, pour lutter contre la propagation de la
grippe A. Daté de mardi, l'arrêté municipal - qui interdit désormais de
cracher dans la rue - se veut "pédagogique, préventif et dissuasif".
Les contrevenants pris sur le vif écoperont seulement d'un
avertissement et d'un rappel à la loi, car les forces de polices
municipales et d'État ne sont pas autorisées à verbaliser pour cette
raison.
"Le crachat est un vecteur possible de la diffusion de
la grippe A. On ne luttera pas contre la diffusion du virus H1N1
seulement par la vaccination", justifie le maire de Coulaines, qui a eu
cette idée en lisant "des documents du ministère de la Santé."
L'environnement local a aussi son importance : "Dans ma ville, il y a
50 % de logements sociaux et la population est très concentrée. La
multiplication des crachats peut donc avoir des conséquences en matière
d'hygiène et de santé pour la population", explique Christophe
Rouillon, qui est aussi vice-président de l'association des maires de
France. Déterminé, il a adressé un courrier à Jean-Pierre Escalettes et
à Michel Platini, respectivement présidents de la Fédération française
de football (FFF) et de l'UEFA. Son objectif ? Que les joueurs montrent
le "bon exemple" sous peine de recevoir un carton jaune, voire un
rouge... Les institutions du ballon rond n'ont pas encore donné suite.
D'ailleurs, éviter les crachats n'est pas une mesure réellement
efficace pour endiguer la diffusion du virus...
Une question annexe
"Il n'a jamais été dit dans le plan pandémie qu'il ne fallait pas
cracher par terre", note, amusé, le professeur Bruno Lina, président du
comité scientifique du Groupe d'expertise et d'information sur la
grippe. "Généralement, l'infection ne passe pas par la salive, mais via
les gouttelettes de mucus sécrétées par le nez, comme lors d'un
éternuement, par exemple", souligne-t-il. Pour qu'un crachat porteur du
virus H1N1 contamine le passant malchanceux, il faudrait que la
substance s'accroche à ses chaussures et arrive jusqu'à son domicile.
"Le scénario est possible, mais poussé à l'extrême. La question du
crachat est annexe dans la propagation du virus, même si elle n'est pas
nulle", juge Bruno Lina. En somme, se laver les mains avec une solution
hydro-alcoolique et porter un masque restent les meilleurs gestes
barrières pour ne pas tomber malade.
Peu de communes devraient donc suivre l'initiative
sarthoise. Mais le maire de Coulaines se défend de toute fantaisie, et
avance un dernier argument pour séduire. "Le risque de pandémie est
l'occasion de rétablir des comportements collectifs respectueux des
autres..."