Par leur attitude, leurs choix, leurs combats, elles vont à
l'encontre de la bien-pensance et du conformisme. Sans être toujours
féministes, ces personnalités politiques, culturelles ou médiatiques
incarnent pourtant les nouvelles libertés des femmes. Notre best of.
Par Edouard Dutour, Clémentine Goldszal et Catherine Robin.
Les femmes de la société civile
Justine Henin la surprenante Prendre sa retraite (sportive) à
seulement 25 ans, c'est la décision courageuse prise par la joueuse de
tennis belge. Justine quitte le circuit professionnel alors qu'elle est
encore numéro 1 mondiale. Après neuf années au top niveau, avouant
carrément avoir perdu la niaque, elle renonce à monter au filet pour
vivre sa vie loin des courts. Et se rend ainsi un vrai service gagnant.
May Chidiac la courageuse En 2005, la journaliste libanaise
perd une jambe et une main dans un attentat. Son crime ? Elle ose
exprimer son opposition à la mainmise syrienne sur le Liban. Sa
victoire ? May Chidiac a repris sa place à la télé, plus libre que
jamais.
Marcela Iacub la libertaire Défense du droit à la
prostitution, du mariage gay et de l'adoption par les homosexuels,
opposition à la loi sur la parité… Marcela Iacub aime les sujets
explosifs et dérange avec son féminisme hyperprogressiste. Son mot
d'ordre ? Toujours plus loin. Et la révolution sexuelle aura (à
nouveau) lieu !
Chahdortt Djavann l'insoumise En plein débat sur le port du
voile à l'école, son livre « Bas les voiles » dénonçait la
bien-pensance et l'angélisme des Occidentaux face à la menace
islamiste. Non, le voile n'est pas une exception culturelle, c'est
juste un moyen d'oppression de la femme. Son dernier roman s'appelle «
La Muette », mais Chahdortt Djavann n'est pas décidée à se taire.
Naomi Klein la radicale
« No Logo », c'est le livre des années 2000. Avec cet état des lieux de
la mondialisation, Naomi Klein a dressé le portrait d'une époque dominée par
la société de consommation. Dans « La Stratégie du choc », elle va plus
loin en montrant comment les crises – désastres naturels, terrorisme,
guerres – permettent au capitalisme de régner. Naomi, ou celle qui
soulève les alter !
Claire Chazal l'étonnante Sous ses airs d'institutrice, la
reine du Journal de 20 heures a longtemps caché un tempérament
d'amazone. On la connaissait tempérée, la voilà passionnée ! Et jusque
sur le plateau de TF1, elle a imposé sa mue. Au final, Claire se lâche
: veste en cuir moulante, seins nus en couv' de « Voici », chignon «
out of bed » en prime time, escort boy de quinze ans son cadet et même
des débuts sur les planches. Chaz-hallucinante !
Les écrivains
Christine Angot l'impudique Tous ceux qui l'approchent
prennent le risque de se retrouver épinglés dans ses romans, comme des
papillons naturalisés. A la rentrée, sa victime sera sa dernière
conquête, alias Doc Gynéco, le rappeur apathique et UMP. Et elle assume
: je fais ce que je veux avec mes amoureux !
Virginie Despentes l'intransigeante La punkette des lettres
ne choque pas gratuitement : de « Baise-moi » à « King Kong Théorie »,
Despentes construit un féminisme couillu, iconoclaste
mais surtout intelligent. Déranger pour s'interroger, provoquer pour
interpeller, Virginie ne lâche rien. Qui l'aime la lise.
Eve Ensler l'audacieuse
Sa révolution est d'abord lexicale : grâce à ses « Monologues »,
traduits en 26 langues et joués dans plus de 30 pays, le mot « vagin »,
ultratabou, a
pénétré le monde entier. Figure du féminisme américain, elle sert la
cause des femmes en y abordant, sans détours, la sexualité : anatomie,
masturbation, orgasme, menstruation… Eve la bien nommée !
Faïza Guène l'impertinente L'immense succès de « Kiffe kiffe
demain » a inauguré un genre littéraire. Dans une langue moderne et
désinhibée, celle des jeunes filles de banlieue qui ont quelque chose à
dire, sans forcément passer par le rap, elle a réussi une chronique
acerbe et juste de la vie des cités. Saint-Germain-des-Prés n'a pas le
monopole de la littérature : une piqûre de rappel signée Faïza Guène.
Les femmes politiques
Rama Yade la convaincue Jeune, belle et black, on l'attendait
en alibi de la diversité au sein du gouvernement Fillon. Que nenni !
Kadhafi, Tibet, J.O. de Pékin… la secrétaire d'Etat aux Droits de
l'homme ne rate pas une occasion de faire dissidence, quitte à faire
couac à l'Elysée.
Nathalie Kosciusko-Morizet l'impétueuse Surprise ! On
l'attendait première de la classe, on la retrouve grande gueule qui
traite publiquement de « lâches » deux de ses confrères UMP ! Bien sûr,
ce ne fut pas sans conséquence (« Au prochain couac, la porte ! »
aurait dit Sarkozy), mais NKM a prouvé qu'elle avait de l'aplomb et du
courage, deux qualités pas inutiles en politique.
Les femmes du cinéma
Sharon Stone la flamboyante Oubliez sa révolution sans
culotte dans « Basic Instinct », ses fourreaux et ses amours. Ce qui
reste unique chez Sharon, c'est son charisme : elle est la seule femme
au monde qui, demandant à une assemblée de riches encravatés de lui
donner quelques millions de dollars pour la bonne cause, repart avec
une liasse de chèques en blanc. Et pas besoin de les menacer avec un
pic à glace !
Sandrine Bonnaire l'affective Avec « Elle s'appelle Sabine »,
où elle filme le drame de sa soeur autiste, l'actrice a fait d'une
situation individuelle une oeuvre universelle sur la différence, et mis
son talent au service d'une cause souvent ignorée. Respect.
Pascale Ferran la militante Depuis son coup de gueule en 2007
en direct de la cérémonie des César, Pascale Ferran est devenue la
figure de proue du cinéma indépendant, pour
lequel elle milite sans relâche. La réalisatrice du sulfureux « Lady
Chatterley » défend l'exception culturelle française et le statut des
intermittents du spectacle et, par là même, la liberté des gens de
cinéma de créer hors des projets « bankables ».
Marjane Satrapi la visionnaire Avec « Persepolis », la
dessinatrice a jeté un gros pavé dans la mare islamiste, dénonçant avec
humour et finesse l'oppression du régime iranien. Prix du Jury à Cannes
en 2007, nommée aux Oscars et césar du meilleur premier film, Marjane
porte haut la voix de ses compatriotes réduits au silence. Percée
politique…
Emmanuelle Béart l'incandescente Actrice populaire et égérie
du cinéma d'auteur, hypersexuelle mais jamais vulgaire, mère de famille
et éternelle amoureuse, engagée et engageante, Emmanuelle n'est pas
cinégénique pour rien : elle contraste ! Bref, la star n'en fait qu'à
sa (jolie) tête, et ça a de la gueule.
Ellen Page l'effrontée Ado enceinte dans « Juno », franche du
collier, anti-Bush et rebelle du tapis rouge, la Canadienne incarne un
cinéma alternatif qui dame le pion aux blockbusters. Petite mais costaude !
Josiane Balasko la généreuse Quand on parle de droits de
l'homme, Josiane n'est plus d'humeur à rire. Et n'hésite pas à monter
au créneau pour soutenir les plus démunis. Parrainer un sans-papiers,
chanter pour les Restos du coeur ou dénoncer la traque d'enfants
clandestins, l'actrice met son immense capital sympathie au service des
justes causes.
Tilda Swinton la singulière Un physique étrange, une
filmographie exigeante et une vie sentimentale doublement assumée (elle
se partage entre son mari et un jeune amant) : l'Ecossaise Tilda Swinton ne fait rien comme tout le monde. Pas bimbo, vive swinging Swinton !
Icones de la mode
Jourdan Dunn l'affranchie Elle a 17 ans, elle est anglaise,
elle a été repérée par la même directrice de casting que Kate Moss :
Jourdan Dunn est le mannequin black qui cartonne, redonnant des
couleurs à la mode, des couv' de magazines à la pub Gap. Et, en plus,
elle l'ouvre et dénonce le racisme des podiums : « Londres n'est pas
une ville blanche, pourquoi les catwalks le seraient-ils ? » Back to
black !
Dita Von Teese la vénéneuse D'abord, l'ex-femme de Marilyn
Manson a osé épouser un homme plus maquillé qu'elle ! Heather Sweet de
son vrai nom a réussi l'exploit de rendre le strip-tease, voire le
fétichisme, archi-branché. Son positionnement rétrofuturiste l'a
propulsée icône de mode, au premier rang des défilés. Pute mais pas
soumise, anti-chienne de garde, elle soutient que l'on obtient plus
d'un homme avec un porte-jarretelles qu'avec un porte-voix !
Les chanteuses
Diam's l'énergique Il y a quatre ans, la « boulette » a
déboulé avec son tube « Dj », venant prouver aux gros machos du rap que
le flow n'était pas l'apanage du sexe fort. Depuis, sa voix compte dans
le milieu hip-hop et Diam's impose le respect, au point que l'industrie
du disque lui confie des responsabilités (elle est directrice
artistique du label Motown France). Et de « Brut de femme » à « Ma
France à moi », ses textes appuient là où ça fait mal. C'est la
rappeuse de diamant !
Madonna la boss La Ciccone est le maître étalon de la femme
libérée. Pas un clip ou une tournée sans scandale tonitruant :
blasphématoire période « Like a Virgin », gothique époque « Ray of
Light », porno pas chic dans « In Bed With Madonna », chatte sur un
ghetto-blaster brûlant miaulant « Hung Up »… Mais
aussi lady anglaise au bras de Guy Ritchie, maman moderne et même
auteure de livres pour enfants. Le tout saupoudré de spiritualité
kabbalistique. Madonna a fait de sa provoc' un coup marketing et une
pompe à dollars. C'est son libéralisme.
Beth Ditto la décomplexée Rockeuse, obèse et homosexuelle :
l'Américaine cumule les singularités et a tout pour déranger le
showbiz. Et pourtant, Beth est devenue une icône, et la hype vénère son
groupe Gossip. En posant nue, toute en bourrelets et poils sous les
bras, elle montre ce que l'imagerie aseptisée s'efforce de cacher. Son mot d'ordre ? Assumez !
Lio la désinhibée A 40 ans passés, la brune ne compte –
toujours – pas pour des prunes. Elle balance à « Nouvelle Star », bien
balancée dans des tenues osées-osées. Un corps de rêve, six marmots (de
plusieurs pères), une grande gueule et une vie sentimentale et
professionnelle mouvementée, l'ex-coqueluche des eighties aime à briser
les tabous sexuels, dénonce les violences faites aux femmes et rabat le
caquet aux mauvais coucheurs. Lio libre !
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