Echec scolaire, drogue, fugues... certaines adolescences sont très
violentes. Interview du Pr Philippe Jeammet, psychiatre et
psychanalyste, auteur de « Pour nos ados, soyons adultes » (Odile
Jacob). Propos recueillis par Anne-Cécile Sarfati.
Pourquoi certains adolescents se sabordent-ils ? PHILIPPE JEAMMET.
Créer, réussir, aimer est aléatoire. Cela dépend de soi, mais aussi des
autres. Ce n'est jamais acquis et ça a toujours une fin qui n'est pas
forcément celle qu'on a choisie. En revanche, on est toujours sûr de
s'abîmer. Détruire, c'est expérimenter la toute-puissance. On peut
avoir peur de ce qu'on désire le plus et faire le contraire de ce qui
pourrait nous rendre heureux si on le faisait. C'est vrai de tout être
humain, mais c'est particulièrement vrai des adolescents. Certains sont
prêts à renoncer à leurs potentialités, leurs plaisirs, leur avenir et
même leur vie, parfois. Ils sont dans une logique terrible : mieux vaut
créer les conditions de l'échec plutôt que de subir une déception.
L'adolescent qui s'abîme se croit autonome, mais il s'agit d'une fausse
autonomie car plus on s'abîme, plus on a besoin des autres pour se
débrouiller.
Certains parents disent avoir tout essayé. Ils sont tentés de
laisser tomber l'ado en réduisant l'aide financière et en pariant sur
le fait que ce n'est que face à lui-même qu'il remontera la pente.
Qu'en pensez-vous ? P.J. C'est un risque trop grand pour
l'enfant. L'autosabotage d'un ado est implicitement un appel au
secours. Ce n'est jamais un choix de s'abîmer, même si c'est une
tentation très forte. Aux parents de chercher des solutions.
Vous dites que ce genre de sabordage de l'ado cache souvent
une dépendance excessive aux parents. Ces derniers sont-ils les mieux
placés pour intervenir ? P. J. Non, ils doivent
déléguer à des professionnels, des psychiatres et/ou des psychologues,
mais c'est à eux de faire la démarche pour poser une limite au
sabotage, montrer à l'enfant qu'il est trop précieux pour qu'on le
laisse se gâcher.
Mais quand l'adolescent refuse de se faire aider ou ne se rend
pas à ses rendez-vous, on ne peut quand même pas le forcer ? P.J.
Les parents peuvent toujours exiger des entretiens communs avec lui,
qui peuvent ensuite déboucher sur un travail personnalisé. Et dans les
cas extrêmes, il ne faut pas exclure une hospitalisation d'office, non
parce que l'adolescent serait malade ou anormal, mais pour trouver une
solution à une crise inacceptable, pour que les échanges parents-enfant
puissent redevenir agréables. Ce n'est pas un abus de pouvoir de la
part du parent, juste le refus de laisser son enfant se détruire.
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