Le gouvernement a présenté lundi son
projet de réforme du crédit à la consommation, qui prévoit d'en
encadrer la distribution, la publicité et de renforcer l'information,
mais laisse globalement les associations de consommateurs sur leur faim.
Le
projet, qui devrait être présenté en Conseil des ministres le 15 avril
et examiné par le Parlement avant l'été, vise plus particulièrement le
crédit renouvelable ou "revolving", une enveloppe de crédit qui se
renouvelle, dans la limite d'un plafond, au fil des remboursements, et
que l'on retrouve dans 84% des dossiers de surendettement.
Il
impose notamment, dans toutes les publicités relatives à un crédit, la
mention légale: "Un crédit vous engage et doit être remboursé".
En
matière d'information, le prêteur sera dans l'obligation de fournir des
explications à l'emprunteur sur la nature du crédit qu'il s'apprête à
souscrire.
Il devra également s'assurer de la solvabilité de l'emprunteur en consultant le fichier des incidents de paiement.
Pour
éviter les effets pervers du crédit renouvelable, le texte prévoit
qu'une partie du capital soit remboursée à chaque échéance, alors que
les mensualités peuvent aujourd'hui ne comprendre que des intérêts.
Figurera
aussi dans l'avant-projet de loi l'application d'une directive
européenne de 2008 qui double, de 7 à 14 jours, le délai de
rétractation des consommateurs ayant souscrit un crédit.
"Je ne
dis pas qu'il n'y a rien dans le texte, mais je suis très dubitatif sur
les effets de cette réforme", a commenté Alain Bazot, président de
l'association UFC-Que Choisir.
Alors que la Fédération bancaire
française a salué dimanche la réforme, les associations ont toutes fait
état de lacunes dans le projet, à commencer par l'absence de réforme du
système des cartes de fidélité qui permettent d'obtenir des facilités
de paiement et des promotions, mais y associent souvent un crédit
renouvelable.
"Il faut séparer les cartes de fidélité, de
paiement et de crédit", a demandé M. Bazot. "C'est un voeu de Martin
Hirsch (Haut commissaire aux Solidarités actives contre la pauvreté,
ndlr). Mais Mme Lagarde se contente d'être sur la ligne: il faut
informer le consommateur", a-t-il ajouté.
La ministre a, en
effet, indiqué que des propositions seraient faites sur ce point, qui
ne figure pas dans le texte actuel, mais qu'elles viseraient avant tout
à ce qu'il "ne soit plus possible de s'engager sans le savoir".
M.
Bazot a également regretté que le gouvernement ne réponde pas à la
problématique posée par une enquête de l'UFC-Que Choisir, qui montre
que les emprunteurs sont majoritairement orientés vers des crédits
renouvelables plutôt que des crédits affectés, qui ont des taux
d'intérêt moins élevés et prévoient une date de remboursement.
M. Hirsch a mentionné cette question comme une piste de travail, mais pas Mme Lagarde.
Christian
Huard, secrétaire général de l'association de défense et d'éducation
des consommateurs (Adeic), a lui dénoncé l'absence de disposition
visant à réduire le taux d'usure, dont le niveau actuel (21%) permet
aux établissements de crédit de pratiquer des taux supérieurs à 20%
pour des crédits renouvelables.
Autre sujet évoqué par Serge
Maître, secrétaire général de l'Afub, le principe d'un faible taux
d'intérêt initial, attractif pour le consommateur mais remplacé par un
taux plus élevé par la suite.
Les associations de consommateurs disposent d'une semaine pour faire des propositions d'amendements du texte.