Le
nombre de Français inscrits au chômage, désormais comptabilisés
différemment dans les statistiques, a encore connu une "violente"
hausse en février, proche de 80.000 selon les données publiées
mercredi, confirmant un emballement dramatique.
Fin février,
79.900 demandeurs d'emploi supplémentaires étaient inscrits à Pôle
emploi en catégorie A, portant à 2,38 millions le nombre de personnes à
la recherche d'un contrat et n'ayant pas travaillé dans le mois. En
janvier, cette catégorie aurait comporté 100.400 inscrits en plus si le
nouveau comptage avait été appliqué.
Depuis septembre 2008, la progression des inscriptions au chômage approche 330.000 dans la catégorie A.
Avec
les chômeurs exerçant une activité réduite, la hausse des inscriptions
s'est élevée à 80.800 en février, faisant bondir le nombre de
demandeurs d'emploi à 3,4 millions en métropole (3,6 millions avec les
Dom). En janvier, ce nombre aurait crû de 87.100.
"C'est une
hausse un peu moins forte qu'en janvier mais très significative", a
déclaré à l'AFP l'entourage de la ministre de l'Emploi, Christine
Lagarde.
En janvier, la hausse des inscrits dans l'ancienne
catégorie 1, à la recherche d'un CDI à temps plein et ayant travaillé
moins de 78 heures dans le mois, avait atteint 86.900 (estimation
révisée), record absolu de progression.
Selon Mme Lagarde, la
hausse reflète "la crise économique et financière mondiale qui pèsera
sur l'emploi pendant toute l'année 2009".
Cette nouvelle poussée,
qui frappe davantage les jeunes et les hommes, reflète aussi la
précarité plus grande du marché du travail, où la proportion accrue de
CDD et d'intérimaires permet des ajustements plus rapides des effectifs.
Environ
un tiers des nouvelles inscriptions proviennent de fins de missions
d'intérim ou de CDD. Même si elles ne représentent que 4% du total, les
entrées au chômage après un licenciement économique grimpent (+31,4%
sur un an).
Disant avoir "peur qu'on soit devant quelques mois
assez violents", le président de l'Unedic, Geoffroy Roux de Bézieux
(Medef) a observé que "la vitesse de la croissance du chômage n'a rien
avec à voir avec les modèles antérieurs, notamment ce qui s'est passé
en 1993".
"On (a) des hausses rarement atteintes, il n'y a aucune
rupture de tendance par rapport à janvier", a déclaré à l'AFP Eric
Heyer de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).
Face
à ce "lourd tribut à la crise", la CFDT a réclamé "des réponses à la
hauteur" du patronat et du gouvernement et le MNCP (chômeurs) "un plan
d'urgence" financé par la suppression du bouclier fiscal.
Alors
que le personnel de Pôle emploi, en pleine réorganisation après la
fusion ANPE-Assedic imposée par le gouvernement, peine à faire face,
des renforts seront annoncés "dans les tout prochains jours", a assuré
le secrétaire d'Etat à l'Emploi Laurent Wauquiez.
Depuis
mercredi, la présentation statistique du nombre d'inscrits au chômage
est bouleversée, faisant suite à la vive polémique qui avait marqué la
campagne présidentielle 2007.
La nouvelle présentation est "plus
claire", plus complète et ne modifie pas "globalement" le diagnostic
selon le gouvernement, mais "c'est toujours ennuyeux de changer le
thermomètre quand la fièvre monte", a jugé M. Heyer.
Les
syndicats de statisticiens ont vu dans ce changement la volonté de
"minimiser le nombre réel" de chômeurs et ont critiqué à LCI une "fuite
orchestrée".